60 millions de social-traîtres
Le sous-titre est un concept déviant.
Toute
Vous voyez, je suis le genre de type capable de, et non seulement capable de, mais conditionné pour se poser la question suivante sérieusement, quand il a envie d'écrire une fille toute en courbes : faut-il plutôt respecter la règle de l'invariabilité, choquante pour l'œil — cette fille, je ne pouvais pas lui enlever ce e, elle était trop jolie, et ma foi elle l'est toujours, probablement, à moins d'une chute de cheval hier, encore très jolie donc mais hors de ma vue, ce qui me chiffonne un tantinet —, ou bien a-t-on le droit de, je veux dire l'usage nous permet-il de biaiser, et de ne pas se forcer à écrire tout en courbes ? Je perds du temps sur ces questions, je vous jure. Cumulée, la durée me ferait peur, je crois.
Vous me direz, inspecteur, que « c'est équivalent à l'oreille », et que par conséquent je peux toujours aller me brosser avec mon problème à la noix, mais je suis atteint de ce truc, de cette névrose que les correcteurs professionnels, toujours un peu pédants, nomment parfois la « lecture angoissée ». Comme j'écris, en plus, ça me donne la maladie corollaire : l'écriture angoissée. Je les ai toutes les deux. Forcément : je m'autocorrige pendant que j'écris. Bien sûr, mes vraies névroses résideraient plutôt dans l'usage parfois exponentiel des parenthèses, simplement pour emmerder le monde qui n'aime pas ça, les parenthèses — et si je me mets à être parfaitement honnête comme je sens bien que vous mourez d'envie de m'y pousser à grands coups de tatane s'il le faut, je dirais, j'avouerais que mes névroses ne sont pas du tout d'ordre éditorial, qu'elles ont bien plus à voir avec ma difficulté finalement pénible à nouer des relations amoureuses à peu près équilibrées et ce depuis quelques années maintenant, mais le mot névrose, je ne vois pas pourquoi à moi précisément on interdirait de le galvauder vu ce que je vois autour de moi, alors voilà : je suis correcteur, donc névrosé. Et je mets trop de parenthèses (pas une seule, dans ce texte-là, cependant) ce qui fait de moi un névrosé de haut vol.
Quant à l'amour, je l'emmerde, ce soir au moins.
Nikita Calvus-Mons le 12/02/08 à 01 h 16 dans Littéraire-traître
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Commentaires
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Je suis partisan d'un certain libéralisme, en la matière. Car d'un côté il est logique de considérer ce "tout" comme un adverbe, et donc invariable. D'un autre côté, on sent bien qu'une fille ne peut pas dire "je suis tout rouge" ou "tout mouillée". Alors, il faut composer...
Ph.B - 13.02.08 à 12:28 - # - Répondre -
← Re: Faut voir
Oui, vos exemples entrent dans l'exception, et c'est alors "toute" (euphonie, quand tu nous tiens). Ce qui fait qu'en effet on hésite pour tous les autres cas, ou normalement c'est "tout".
Ce qui est amusant dans ce cas d'hésitation c'est de taper "tout invariable" dans Google. Résultats assez étonnants. En deux clics je suis tombé sur un truc pile dans le problème du "tout en" (évidemment, je ne connais pas la source, si ça se trouve ce ne sont que des grosses conneries qui sont racontées, mais bon, ça avait l'air sensé) :
I - Tout en.
Précédé d'un nom pluriel la locution "tout en" reste invariable.
Des tissus tout en soie.
Des jupes tout en broderies.
Cependant lorsque cette locution est précédée d'un nom féminin singulier, l'usage hésite.
Une jupe tout/toute en soie.
Elle était tout/toute en bleu.
La ville était tout/toute en flammes.
En revanche on écrira :
Elle était tout en larmes/pleurs (tout invariable)
A l'inverse des exemples précédents qui expriment la totalité des choses, le dernier exemple exprime l'intensité de l'action.
60millions - 13.02.08 à 13:58 - # - Répondre -