60 millions de social-traîtres
Le sous-titre est un concept déviant.
mardi 03 juin 2008
Peter Bjorn and John
La prochaine fifille blasée à voix vaguement rauque de fumeuse blasée qui aura décidé de distiller son ennui blasé dans un microphone, avec en guise d'ambiance sonore les pathétiques tentatives funky d'un groupe de rock britannique, ou de la côte est des États-Unis, sera excisée en place publique. Ce sera l'occasion de mesurer — en conditions réelles de température et de pression — le seuil de basculement Sbasc entre les deux états fondamentaux de la matière, chez cette espèce majoritaire en zone urbaine occidentale-nantie : la fifille branchée ; ces deux états étant, nous le rappelons, l'état de blasement (ou blasage) absolu, et l'état de souffrance physique. A priori, le seuil de basculement nécessite pour être atteint l'administration d'une dose importante, voire très importante, de violence, mais on peut toujours être surpris. Science moves in mysterious ways.
La menace s'applique également aux Suédois, qui ne sont rien de plus qu'une colonie anglaise du plus mauvais goût, bien qu'en plus guttural.
Met-on un e à guttural, dans ce cas ? M'étonnerait. Pas moi, en tout cas.
Nikita Calvus-Mons à 16 h 05 dans Musical-traître - Lien permanent - 1 commentaire
lundi 19 mai 2008
Le dub fantôme
Les conversations en espagnol, dans le bar, et les bruits de scooters passant à toute berzingue dans la rue du Roi-de-Sicile ne laissent surnager, du mix de Such a Thing de Tsé (notre Berlinois de Paris, ou leur Parisien de Berlin), que ses coups de kicks ouatés, sourds et chauds — encore plus ghost dub, au fond, que les morceaux de son premier album. Le dub fantôme n'a en effet jamais aussi bien porté son nom, mais ce disque-ci, le second, a choisi de s'appeler La Ralentie, sans pour autant avoir été produit par Yann Tiersen, qui affectionne ce genre de titre, non ?
Je ne comprends pas les mots parlés (une nouveauté chez Tsé), susurrés, mais je les entends et ils m'évoquent une Laurie Anderson mâle, ou encore (étrangement, pensera-t-il peut-être), le morceau de Neneh Cherry présent sur la bande originale de Bis ans Ende der Welt, ce film de trois heures de Wim Wenders, prospectif et un peu chiant — mais qui m'est attachant pour l'éternité, till the end of the world, avec tous ses défauts.
Oui, je songe en effet au Move With Me (Dub) de la Cherry, en entendant tant bien que mal, car les clients discutent ferme dans l'espace réduit de mon troquet, l'album de Tsé, que je compte écouter en rentrant ce soir, au casque, et en goûtant le délicieux Islay malt que D. m'a offert. Comment ça, je me la joue ?
PS : Tsé est un ami. Il paraît que ces choses-là se disent, pour désamorcer toute accusation de collusion, de favoritisme dissimulé. Mais quel pouvoir avons-nous donc pour qu'on nous accuse, hein ? Je pose la question. Donc, Tsé est un ami et son disque, La Ralentie, chez Optical Sounds, a l'air très beau, comme ça, quand on l'écoute trop distraitement dans un bar avec le bruit de Paris tout autour. Vivement l'écoute seul, avec tout le volume nécessaire. Et les concerts ?
Nikita Calvus-Mons à 19 h 26 dans Musical-traître - Lien permanent - 0 commentaires
lundi 21 avril 2008
Anglaise en mini-jupe et tambourin
Je sais : industrie du divertissement, tout ça.
Mais ce morceau ne me lâche plus (ô frisson adolescent !). The Step and the Walk, de The Duke Spirit. En plus, le clip, classique dans la forme, est parfaitement interprété, à la note près, par les musiciens. D'où une impression de vérité et de puissance indéniables. (C'est très rare, les clips parfaitement montés. Celui-ci l'est. Quand on soigne même le montage du clip, c'est assez bon signe, non ?)
Ils jouent au Point éphémère fin mai. Le 23. J'y serai. Ce sera mon premier concert de rock anglais depuis des lustres. Enfin des guitares abrasives et des blondes qui se la jouent !
Nikita Calvus-Mons à 19 h 15 dans Musical-traître - Lien permanent - 0 commentaires
mardi 18 mars 2008
Dégénérescence des facultés mentales
Ah, gâtisme... promets-moi de m'épargner jusqu'à tard, disons... allez, au moins soixante balais ! Donne-moi encore vingt-cinq trente ans, gâtisme, afin que je ne perde ni mes oreilles, ni mes neurones, ni mon orthographe (et ce dans les deux langues que je maîtrise à peu près, steup). Ne fais pas de moi à quarante-cinq ans ce genre d'auteur exalté par le groupe de rock de sa jeunesse, et qui s'exprime sur le forum de France-Inter :
La musique de QUEEN, WOUAOUU!!!!!!!
j'ai vue le dvd de concert de wembley:
the kind of magic, en leave, ça pulse.
pardon, je me laisse aller, mais c'est trop cool
Ah, où est ce temps où les groupes, les vrais existaient.
Pardonner moi les tout jeunes, c'est un "vieux " de 45 ans qui se souvient
Gâtisme, j'écris ton nom en frissonnant. Pas trop tôt... Laisse-moi un peu de temps.
Nikita Calvus-Mons à 16 h 26 dans Musical-traître - Lien permanent - 1 commentaire
mercredi 06 février 2008
Et sans les Smiths, encore !
Cette chanson, Everyday Is Like Sunday, est quand même, tout de même, je m'excuse, d'une grandeur... Chaque jour est comme un dimanche, chaque jour est silencieux et gris. Et sur ces mots une sorte de wall of sound des années 80 avec pizzicati, cordes synthétiques, tambourin mutin, énorme batterie et tous les ornements baroques imaginables. Et cette basse plus puissante que l'hélice d'un pétrolier... Et l'inévitable langueur dans la diction. Et ces vers sublimes :
Hide on the promenade
Etch a postcard
“How I dearly wish I was not here”
In the seaside town
That they forgot to bomb
Come, come, come
Nuclear bomb
Alors on ironisera, j'en vois déjà dans les troisièmes blogs qui pouffent et s'étranglent : « La Grosse Momo n'est pas capable de la moindre poésie ! Hérésie ! » Pourtant l'évidence est là.
Nikita Calvus-Mons à 16 h 48 dans Musical-traître - Lien permanent - 5 commentaires
jeudi 24 janvier 2008
Variations sur deux-points
Quand Céline Dion chante River Deep Mountain High, elle se campe devant le micro (je pense furtivement à la bande dessinée de Gotlib représentant Tina Turner, interprète autrement inspirée de ce morceau, dont le micro grossit puis lui éjacule au visage1), les deux jambes écartées comme pour pondre : perdre les eaux ou faire caca.
Céline Dion est laide et s'habille sans la moindre élégance, et la voir faire son numéro de salope sensuelle devant le microphone est pour le moins embarrassant. Quant à tenir le pied de micro avec les deux mains écartées, se penchant dessus comme sur un partenaire de baiser, voilà bien une attitude de ringardise scénique non diluée que même Johnny Halliday, semble-t-il, n'utilise plus. Lui aussi, pourtant, écarte encore les jambes en front de scène. Pour montrer à son public sa virilité belge. (Soit : sa frite.)
Céline Dion a tout piqué à Johnny Hallyday, ce tocard inoffensif dont on ne sait même pas écrire le faux nom, la preuve : ce texte.
1 Mais pendant qu'elle chante Proud Mary. C'est sans doute dans Hamster Jovial et ses louveteaux.
Nikita Calvus-Mons à 02 h 50 dans Musical-traître - Lien permanent - 1 commentaire
vendredi 18 janvier 2008
Sticking with The Ex
Il n'est jamais trop tard. The Ex, je connaissais le nom bien sûr, j'avais entendu furtivement quelques (bons) morceaux, dans l'appartement d'une Nantaise qui pensait que c'était un nouveau groupe. J'étais juste capable de lui expliquer qu'elle écoutait là des vieux de la vieille. C'est tout. Et voilà, je les ai vus hier, aux Instants chavirés. Jamais vu un groupe émaner autant de sympathie. C'est peut-être parce que le guitariste, en transe tendue et rigolarde (ecstasy ?) pendant tout le concert, me rappelait deux potes attachants, dont l'un est Norscq et l'autre un adolescent de quarante ans, grillé par la came, vivant chez ses parents à Grigny avec des serpents ? Ou parce que la batteuse, au look d'improbable mère de famille, réagissant au martèlement de ses toms comme l'amortisseur d'un semi-remorque sur une route des Andes, faisait revivre le fantôme de Moe Tucker jusqu'au micro (outre à PJ Harvey — sacrée référence vocale pour une batteuse, si l'on y songe ! — j'ai en effet pensé à chaque fois qu'elle chantait à la fausse candeur enfantine qui anime le I'm Sticking With You du Velvet) ? En tout cas, la musique, oui, était excellente, et tant de jouissance scénique, tout au long de la soirée, fit bien plaisir. C'est un truc de déjà vieux connard que je vais écrire : tout amateur de Green Day ou Blink 182 ou autre bande de tocards énervés sur commande gagnerait à voir sur scène ce soir ce qu'est vraiment un chanteur de punk possédé.
Car ça joue encore ce soir, au même endroit (7, rue Richard-Lenoir, à Montreuil). Le commissaire politique conseille violemment. Il ne faut pas se laisser dérouter par les premières parties, amuse-gueules oscillant entre franche rigolade potache et expérimentation poétique, sans jamais oublier le noise de rigueur : si vous n'aimez pas, vous picolerez tranquillement et puis voilà.
NB : Tout ceci n'empêche pas de déplorer la mort de Carlos « Big Bisou » Dolto. Nul éloge funèbre de cette grosse tête n'atteindra la force du souvenir de mon père chantant pour nous faire rigoler, mon frère et moi : « Big Bisou, tougoudou, tougoudou ! » Et le gros Carlos a écrit Tirelipimpon sur le chihuahua. En tout cas il l'a chanté, et Patrick Sébastien ne s'en est jamais remis. Repose en paix, camarade poète ! Ce soir, double dose d'Oasis pour tout le monde en ton honneur !
Nikita Calvus-Mons à 17 h 50 dans Musical-traître - Lien permanent - 2 commentaires
mardi 15 janvier 2008
She's Lost Control (ach, Sandra !)
J'étais délicieusement malade. Devant la télé. Magnum roulait lentement dans sa Ferrari, la moustache drue ; Higgins en prenait pour son grade, comme d'habitude. Je gommais et griffonnais avec frénésie, toutes les vingt secondes, après quelques lancers de dés fébriles ponctuant mes combats contre orques et trolls purulents, les premières pages d'un Livre dont vous êtes le héros. Le paragraphe 13 en signifiait la mort*. C'était le milieu des années 80 ; je n'avais pas eu besoin de coller le thermomètre à l'ampoule pour me faire porter pâle. Je l'étais, pâle. Et bouillant, à l'intérieur. Mais tranquille : car enfant de bourgeois. Après Magnum, la diffusion de Roland-Garros fut continuée, car il ne pleuvait plus. Noah allait pouvoir finir de piler José Luis Clerc, ou un type dans ce genre-là. Un client sérieux. (À moins que ce ne fût l'année où, au sommet de son art, la future personnalité préférée des Français se ramassa une grille de barbecue sur le pied à deux semaines du tournoi, alors qu'il en était, pour une fois, un favori incontestable. Je ne sais plus. Mais en tout cas c'était le printemps.) Je n'écoutais pas de musique, pas encore. Pour moi ce n'était qu'une distraction, un entertainment, comme disent les Américains et les situationnistes. La musique. Et alors, ce jour-là, après la diffusion de Magnum et de Roland-Garros, le livre dont j'étais le héros retourné sur la couette parsemée de débris de Chamonix, j'entendis ce tube d'une vulgarité assez difficile à surpasser : In the Heat of the Night. Je ne l'oublierais — c'est peut-être étonnant, mais c'est comme ça — jamais. Je dirais même plus : je ne l'oublierai jamais. Je l'entends aujourd'hui, ce drôle d'étron musical, archétype de la bouse vulgaire et surproduite, et je m'avoue in petto (c'est-à-dire que je ne suis pas près de l'avouer dans un blog, social-traître ou pas) que j'aime bien ce refrain puissant comme un tsunami, dans lequel je décèle une partie de l'Allemagne éternelle — Rammstein est déjà là, dans ce déferlement de tonnerre — et d'où Sandra, élégante comme une péripatéticienne de la rue de Douai, scintille et émeut — avec dans sa gorge, étranglée comme le gland d'un client pressé, la phrase sublime, l'ultime aveu : « I lose control ! »
* Je n'évoque ni n'invoque ici littéralement le décès de personne. L'utilisation du mot maudit « mort » est forcée par le contexte : le paragraphe 13 de ces livres captivants — pour l'enfant impressionnable que j'étais — signifiait la mort réelle du personnage que j'interprétais ; mort toute symbolique pour moi, donc.
Nikita Calvus-Mons à 21 h 52 dans Musical-traître - Lien permanent - 8 commentaires
lundi 31 décembre 2007
Ils viendront les hommes en noir
Morceaux présents sur mon ordinateur qu'un tribunal révolutionnaire inspiré mais peut-être un brin tatillon pourrait fort bien me reprocher à l'heure du Jugement dernier, ou Grand Soir, c'est selon :
ABBA, Dancing Queen
Alain Souchon, Ballade de Jim
Marxman, All About Eve
Jay-Jay Johanson, So Tell the Girls That I Am Back in Town
Inspiral Carpets, Irresistible Force
Dreadful Shadows, Twist in My Sobriety
David Bowie, Let's Dance
James, Born of Frustration
U2, Sunday Bloody Sunday
Neurosis, Day of the Lords
Donna Summer, I Feel Love
Talk Talk, Such a Shame
Bob Marley, Rebel Music (3 O'Clock Roadblock)
Shocking Blue, Venus
Dire Straits, Tunnel of Love
Gotan Project, Santa Maria
Indochine, 3 nuits par semaine
The Silencers, Answer Me
Étienne Daho, Tombé pour la France
Depeche Mode, Shake the Disease
The Mamas and the Papas, California Dreaming
Simple Minds, Mandela Day
Mais je me tiens prêt à subir la torture. Ils viendront, dans leurs imperméables immaculés, et nul rictus ne déformera leur bouche de miliciens ; ils viendront avec des baladeurs MP3, de vieux walkmans Sony, et des disques de This Heat. Et alors ils me les passeront pendant des minutes d'éternité, et ce sera dur, politiquement, et insoutenable, musicalement. Et la colère en moi bouillira, nardin amok ! jusqu'à bouillonner, même. Mais je ne parlerai pas. Je ne dirai pas à l'Inquisiteur, avec son badge « Pere Ubu », où sont planqués les disques de Scorpions que je ne possède de toute façon pas — la naïveté manichéenne du militant l'aura aveuglé... Et quand il aura le dos tourné, j'en profiterai pour remplacer dans l'iPod réglementaire le disque — ennuyeux jusqu'à la Mélancolie — de Mogwai par mon arme secrète, un Sunn O))) auquel il ne se sera pas attendu — calé sur le point très guilleret It Took the Night to Believe.
Et alors rira bien qui rira le dernier !
Nikita Calvus-Mons à 12 h 43 dans Musical-traître - Lien permanent - 1 commentaire
vendredi 28 décembre 2007
Lémordéné et Lézénémor
Faisant mine de ne pas y toucher, et comme d'habitude sur ce ton unique — élégance parsemée d'incises de légère potacherie —, l'érudit camarade m'explique aujourd'hui que le firstborn de l'album de Nick Cave est en réalité le frère jumeau aîné d'Elvis, mort à la naissance du futur King. En voilà de la matière pour une mythologie digne de ce nom ! Nick Cave serait-il l'exégète de la mythologie rock 'n' roll (c'est-à-dire elvissienne) ?
Je n'ai pas vu The Proposition mais cette histoire de frère fratricide semble confirmer l'hypothèse d'une obsession de Cave pour les morts d'aînés, ou les aînés morts — pick your choice : littérature interactive, dont vous êtes/seriez le héros-lecteur. Je préfère les morts d'aînés, encore actions (de mourir). Les aînés morts, c'est la mort constatée — par un légiste, ou un philosophe.
Nikita Calvus-Mons à 15 h 50 dans Musical-traître - Lien permanent - 0 commentaires
vendredi 21 décembre 2007
Le Jésus, III
Il y a les gros Jésus, et puis il y a le petit. Celui qui réside dans le divin foie gras — son corps — et dans les bulles de la roteuse — son sang à vingt euros la dive bouteille.
La compilation de Noël est prête. Elle contient, malgré quelques morceaux entraînants et de saison (mince, Frosty the Snowman, les Ronettes, Phil Spector, excusez du peu), les mots-clés suivants : « rigor mortis », « Christianity is stupid — communism is good », ou encore « hier kommt die Sonne » (revenons au paganisme, c'est le moment idéal, screw le divin enfant !). Vive le païen solstice.
« The loudspeaker spoke up and said: Christ-ianity is stupid. »
Nikita Calvus-Mons à 19 h 00 dans Musical-traître - Lien permanent - 0 commentaires
mercredi 19 décembre 2007
Le Jésus, le cul et la note bleue
Je lis ce texte érudit et convaincant de Gaëtan Tröger, Contribution à une épistémologie de la traduction, et comme d'habitude je m'aperçois que mon cerveau ne fonctionne pas à plein régime quand il s'agit de théorie. Je ne suis concentré qu'à moitié ; pourtant je crois comprendre intuitivement, et de façon assez facile, beaucoup des problèmes théoriques posés par la traduction, que je rencontre comme tout traducteur.
Il y a dans cet « artisanat » et l'étude qui en est faite quelque chose qui rappelle les rapports entre la pratique musicale et l'analyse
musicologique. Un guitariste de jazz n'est pas obligé de connaître la théorie musicale pour placer, au bon moment, un accord compliqué de neuvième. Jouant à l'oreille, il sera peut-être (sûrement) intéressé que quelqu'un vienne lui expliquer ce que lui ressent — sans chercher à l'expliciter —, c'est-à-dire la construction étrange de cet accord et son rôle dans l'œuvre ; mais il sera sans doute largué au-delà d'un certain niveau d'abstraction. Et il en concevra sans doute un complexe, léger ou fort, refoulé ou assumé. Qu'aurait pensé, que pensait Jimi Hendrix, autodidacte notoire, des analyses, fussent-elles passionnantes, vertigineuses, de ses solos ?
La batterie, et plus généralement tout instrument de percussion (la batterie, comme celle de la cuisine, n'étant qu'un ensemble de percussions, auquel renvoie sa dénomination plurielle en anglais, the drums : les tambours !), offre un contraste encore plus évident entre le niveau moyen de connaissance théorique et l'intuition musicale moyenne (appelons ça, au sens du skill anglais, le talent moyen) de ses pratiquants. Les « accidents heureux » y sont nombreux, une fois dépassé un seuil de compétence que j'ai atteint, ce qui signifie qu'il est assez bas dans l'échelle de la maîtrise technique. L'accident heureux, à la différence du « pain » (qui est souvent l'erreur du musicien pétant plus haut que son cul, ou du footballeur maladroit s'essayant à la « papinade »1), est cette note ou cette phrase jouée inconsciemment, sans préparation, au jugé, au feeling. Ce n'est pas de l'improvisation puisque celle-ci est quand même préparée, fût-ce un temps ou une croche avant, dans l'esprit du musicien. L'improvisateur sait ce qu'il va jouer ; l'heureux accidenté a laissé parler son inconscient, à moins que ce soit même — je pencherais d'ailleurs plutôt pour cette vision — son corps seul, complètement libéré, comme pendant l'orgasme, de son esprit.
Et la note bleue est atteinte. La note bleue personnelle (comme Dave Gahan parle de son personal Jesus), celle qui vient sans être prévue ; cette note du corps qui sonne parfaitement juste. Dès lors, deux attitudes sont possibles, comme lorsqu'un ailier centre dans le but laissé dégarni par le gardien qui surveillait l'avant-centre : assumer l'erreur (qui dans le cas du footeux en est réellement une, d'ailleurs) ou faire semblant de l'avoir « fait exprès ». Je ne sais pas ce qui est le plus flatteur, musicalement parlant. J'aime l'idée que mon corps me surprend, que mon potentiel de musicien n'est pas encore exploité, que mon talent (my skill) me dépasse et que c'est mon esprit qui le bloque la plupart du temps. D'un autre côté, le fantasme de la toute puissance, de la maîtrise absolue, réfléchie et froide, cybernétique, est assez séduisant.
L'attitude à choisir dépend peut-être uniquement de la personnalité de la fille à séduire, ce qui nous ramène à Freud et à Étienne Mougeotte, qui savent que : « Le cul, le cul, le cul. »
1D'où la présence inévitable de ces pains ou erreurs lors des répétitions et des entraînements, qui sont le lieu de l'expérimentation et du dépassement — qu'est si rarement la scène ou le terrain, sauf chez les plus talentueux : cf. Hendrix, ou le pénalty de Zidane en finale de la Coupe du monde, triple accident heureux (1/choix incroyable, imprévisible et imprévu par Zidane lui-même, jusqu'à preuve du contraire, de piquer le ballon ; 2/rebond vertical sur la barre transversale ; 3/rebond heureux, enfin, du ballon juste derrière la ligne de but).

Nikita Calvus-Mons à 00 h 08 dans Musical-traître - Lien permanent - 6 commentaires
Actif après un bon goulasch
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